Si Speckle n'est pas à l'origine des fortifications de Strasbourg, il n'en exercera pas moins une influence certaine auprès de ses successeurs, puisqu'il laisse un important corpus de plans et de projets manuscrits (conservés en nombre dans les archives de la ville de Strasbourg) ou, au moyen de son fameux traité des fortifications.

Néanmoins, il ne restera pas inactif sur Strasbourg, puisqu'en dehors des plans et projets dont il a été question, il fera construire le bastion du Roseneck qui initie un front bastionné qui sera complété à partir de 1634.

En effet, les seize bastions ont été construits bien plus tardivement, entre 1633 et 1681, sur les conseils du Général suédois Horn. La ville de Strasbourg prit à son service, en qualité d'ingénieur, le lieutenant-colonel Mersheuser qui avait servi dans les armées suédoises comme quartier-maître général et ingénieur en chef. C'est lui qui dresse les plans des fortifications de Strasbourg, peut-être inspirés par ceux dressés par Speckle. Les travaux avancent lentement et s'étalent in fine sur près d'un demi-siècle, jusqu'à l'annexion de Strasbourg par la France (pudiquement et politiquement correct "rattachement de…"). Les travaux furent exécutés sous la direction des ingénieurs de la ville : Schwender, Arhard, Kermann et Kerr.

À la mort de Specklin, les fortifications de Strasbourg sont encore bien éloignées de la vision moderne que défendait celui-ci. Il ne s'agit en réalité que de la modernisation d'un substrat fortifié médiéval.

À propos des contributions de Specklin aux fortifications de Strasbourg : c'est certainement au général v. Apell qu'il revient de conclure !

  1. "So blieb denn Specklins reiches Wissen und Können so gut wie unbenutzt für Straßburgs Befestigung" (trad. "Les vastes connaissances, comme les compétences d'ingénieur de Specklin, restèrent presque inutilisées lorsqu'il s'agit des fortifications de Strasbourg").


Dr Balliet J.M.  —  Colmar, le 2 mars 2014


Bibliographie sommaire :

  1. 1.APELL (Generalmajor z. D. F. von) - Geschichte der Befestigung von Strassburg i.E. vom Wiederaufbau der Stadt nach der Völkerwanderung bis zum Jahre 1681. Strasbourg, Eduard van Hauten, 1902.

  2. 2.BALLIET J.M. - Wasser und Festungswesen am Beispiel von Straßburg und Neu-Breisach. In : Schriften der Deutschen Wasser-historischen Gesellschaft (DWhG) e.V., 2008, No. 10, p. 279-303.

  3. 3.FISCHER A. - Daniel Specklin aus Strassburg (1536-1589). Festungsbaumeister, Ingenieur und Kartograph. Sigmaringen, Jan Thorbecke, 1996.

  4. 4.HAETTEL (Jean-Paul) - Vauban aux frontières de l'Est. Strasbourg, Le Verger, 1997.

  5. 5.HERMANN J.F. - Notices historiques, statistiques et littéraires, sur la ville de Strasbourg. Strasbourg, 1817.

  6. 6.SILBERMANN (Johann Andreas) - Local-Geschichte der Stadt Straßburg / herausgegeben von Johann Andreas Silbermann Straßburg. Strasbourg, Jonas Lorenz, 1775 ; in-folio, Faux titre, Page de titre, [5] ff., 232 pp., [7] ff., XVI plans.

  7. 7.SPECKLE (Daniel) - Architectura von Festungen. Wie die zu vnsern Zeiten erbauen werden / an Stätten Schlössern / und Claussen / zu Wasser / Land / Berg und Thal / mit ihren Bollwercken / Caualiren /Streichen / Gräben vnd Läuffen mögen erbawet /Auch wie solche zur Gegenwehr wider den Feind / samt dem hiezu gehörigen Geschütz / ordentlich vnd nützlich sollen gebraucht werden. Alles aus den Fundamenten / Samt den Grund Rissen / Visierungen und Auffzügen für Augengestellett / Durch Daniel Speckle / der Statt Straßburg Bawmeistern seligen. Jetzt aber auffs new ubersehenv/ mit fleiß verbessert / auch vielen anderen Visierungen vermehret. Mit Röm. Keys. M. ar. Freyheit. Gedruckt zyu Straßburg, In verlegung Lazari Zetners / Buchhändler, 1608 ; in-2, Frontispice, [7] ff, 110 ff., [2] ff., XXIX fig. in-texte, XXVIII pl. doubles h-t. (numérotées 1-19, HE 1-4, AE, AB, HE E, HE et 2 pl. non num.), plein vélin ivoire de l'époque, titre manuscrit.

Aujourd'hui encore visuellement très prégnant, le secteur des ponts couverts est un excellent exemple de ces stratifications puisqu'on trouve au même endroit ce qui semble correspondre à d'impressionnantes casemates d'artillerie destinées à contrôler un secteur vulnérable : l'entrée des eaux de l'Ill dans Strasbourg.

En 1571, on commence à construire dans la rivière, un important éperon en maçonnerie en regard de la troisième tour. Cet éperon est construit de manière à ce que, derrière son mur, on puisse mettre en œuvre des pièces d'artillerie. Silbermann, in Local-Geschichte der Stadt Straßburg, en donne une excellente illustration.

La notion actuelle de casemate, aussi coûteuse qu’inutile, est donc absolument erronée et ne doit aucunement être retenue !